23 Octobre 2019

Hier la journée fut longue, les vents n’étaient toujours pas décidés à se lever. Nous avons profité de ces conditions pour nous reposer un peu et deviner des formes dans les nuages, c’est incroyable ce qu’Hugo peut avoir l’esprit mal placé. Vers 20h, un délicieux petit vent arrière s’est gentiment établi à la surprise générale. Il nous a permis de mettre nos voiles en ciseaux et de se laisser surfer paisiblement sur une houle encore peu prononcée. Satisfaits de la tournure des événements, nous nous laissâmes le temps d'apprécier le lent déplacement des astres à travers un ciel parfaitement dégagé tout en sirotant un peu de thé à la menthe et dégustant raisonnablement quelques Mi-cho-ko laissés astucieusement dans une poche quelques minutes afin de les rendre plus fondant et savoureux. La grande vie !


Maintenant amariné, l’équipage retrouve l’appétit et le moral petit à petit. La vicieuse attaque des globicéphales n’est qu’un vieux souvenir et nous allons de l’avant.

Ça continu de souffler en ce mercredi matin et nous comptons bien en profiter. Cap sur la Galice, nous n’en sommes plus très loin. C’est vers 13h que nous apercevons pour la première fois la terre depuis le début de ce long périple. « Terre en vue » s'écria Hugo à pleins poumons, ravi de revoir ce sol espagnol où il avait laissé tant de souvenir et certainement un peu de son innocence. Benoit quant à lui, regardait l'horizon avec hostilité. Il se remémorait les histoires que lui avait compté son vieil ami Didier et savait pertinemment à quel point l'homme Espagnol pouvait faire preuve de cruauté. Nous sommes à quelques dizaines de milles des côtes mais les parages restent très fréquentés, pécheurs espagnols et cargos de toutes terres y affaires. Si nous faisons cap au sud, nous pensons pouvoir atteindre la terre dès ce soir, mais cela n’est pas le but. Nous décidons de la longer vers le cap Finisterre. Si le temps le permet nous le passerons demain aux aurores, sinon nous coucherons dans une marina non loin.


Nous n’avançons finalement pas aussi vite qu’espéré, largement freiné par cette foutue houle qui fait incessamment tanguer le Padawan. Nous nous apprêtons à continuer ainsi toute la nuit. Nous nous pensions amariné mais finalement on a encore les dents du fond qui baignent. En fin d'après-midi, le vent commence à forcir doucement mais sûrement. Dans un premier temps, nous sommes contents de voir augmenter considérablement notre vitesse. Mais le bateau devient rapidement intenable et à la tombée de la nuit, nous subissons des rafales à plus de trente nœuds. Au moment du changement de quart, nous nous fixons sans dire un mot. Mais nos regards disent exactement la même chose : « J’espère que t'es burné comme un ânon mon coco parce que la nuit va être longue ». Comme si ça ne suffisait pas, la pluie s’invite à la petite sauterie. Les effets combinés de la houle, du vent, de la pluie et de la pénombre rendent la navigation infernale. Les secousses, le vacarme et les cris aigus et stridents du barreur pris de panique rendaient le sommeil impossible. Mais le plus effrayant était les lumières des cargos et autres bateaux de pêche qui trainaient sur le plan d'eau. Avec la nuit, impossible de savoir s'ils se trouvaient à plusieurs miles ou seulement quelques dizaines de mètres. Avaient-ils seulement tous leurs lumières ? Nous le savions, à la moindre occasion, ces robustes navires tenteraient une collision ne serait-ce que pour le plaisir de couler un navire Français. Nous resterons sur nos gardes et passerons la nuit à esquiver au dernier moment nos agresseurs grâce à d'astucieux virements de bord de dernière minute. Quand nous chantions la marseillaise et agitions fièrement notre étendard, ça les mettait hors d'eux. Surtout les Belges.


En pleine tempête, nous repérons par moments dans la pénombre des trainées d’écumes blanches qui longent le bateau, laissant deviner un aileron. Ils sont là, ils nous épient, se réjouissant de notre mauvaise fortune. Ils ne perdent rien pour attendre…


En incapacité d’avancer, rien ne sert de rester sur le plan d’eau dans ces conditions, il nous faut rejoindre un abri afin de retrouver des forces et de bonnes prévisions météo. Ce sera la Corogne. Nous temporisons et tirons des bords au large en attendant que le jour se lève, il serait imprudent de rentrer au port de nuit. Au petit matin. Nous apercevons enfin la gigantesque tour d'Hercule, plus vieux phare au monde toujours en activité qui a su guider marins, pirates et navires marchands pendant des siècles et qui nous tend désormais les bras. Le ciel est particulièrement grisâtre ce matin mais le moral est bon. Après la première difficile épreuve que fut cette nuit de navigation, nous avons enfin le droit à un peu de répit. Nous profiterons de cette escale pour faire quelques réparations sur le Padawan. Quelques coutures et un peu de mécanique mais nous savons que malgré ces quelques broutilles, nous avons un bateau solide et nous pourrons compter sur lui par la suite. Enfin, pour le moment nous voguons très tranquillement vers la Marina tout en appréciant la beauté des terres Galiciennes.


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