23 Octobre 2019(Suite)


Nous arrivons aux abords de La Corogne un peu avant 12h, autant dire à l’aurore pour les Espagnols. Dans le chenal, nous les appelons à la radio : « 


- Marina Coruna para Padawan.

- Sí ?

- Es posible de …

- Quelle taille fait le bateau ?» 


Merde ! À peine trois mots et nous étions démasqués. Il faut croire que notre accent est un tantinet audible, ils sont fort les Chaouis ! Un équipage entier de français qui débarque à la Corogne ce n’est jamais vu d’un très bon œil. Ils savent pertinemment qu’on vient pour vider les stocks de bière, de Jambon, de femmes et pour casser de l’espingouin !


La première chose qui nous choque en débarquant, est la pilosité des femmes. La plupart arboraient fièrement de beaux colliers fournis ou de simples petits boucs bien taillés. Leurs jambes recouvertes d’un pelage épais leur permettaient de se balader en jupe ou en robe malgré la froideur de l’automne. Charmantes. On s’occupera de vous plus tard mesdames, pour l’instant nous avons à faire.


Éreinter de notre périple, nous traînons notre carcasse jusqu’au premier repère à pochetron. On pousse la porte d’un coup sec et hurlons « Que viaje de puta madre ! » (« Quel sacré voyage ! »). Tous les regards se braquent sur nous. Il n’y a plus un bruit dans ce troquet. Nous marchons lentement en direction du bar, toisant chaque client un par un. Ils savent pertinemment comment ça va se finir. Cabron ! Une fois accoudés, nous fixons le barman droit dans les yeux, il nous fixe, on le fixe, il louche. Un - zéro.


« Dos cervezas ! » (« Deux bières, s’il vous plaît mon brave»)


Il attrape deux pintes au-dessus de sa tête (bien mon coco, des pintes, tu as compris à qui tu avais à faire…) Il se racle alors bruyamment la gorge, et assène deux magnifiques glaires au fond des godets, puis les remplit de bière et dit « Ici, on parle Galicien ».

Hugo saisit le barman par le colback et le tire vers lui jusqu'à ce que leurs nez se touchent. « Écoute-moi bien ma belle Galicienne, tu vas aller me chercher cinq livres de ton meilleur jambon. Et cette fois-ci tu gardes les mollards pour ta bonne femme. Entiendes ? ». Il lâcha alors le barman qui affichait un sourire mielleux. Étrangement, il s’exécuta et partit dans la réserve. Il avait certainement compris qu’on n’était pas le genre de pignoufs à qui on la mettait à l'envers. Benoit pendant ce temps surveillait les autres bonhommes du bar chez qui on pouvait sentir la haine monter. Mais il se tenait prêt à défendre son ami. Et surtout son jambon. Soudain un vieil homme s'approcha d'eux et leur tendit la main tout en les insultant : « Bienvenidos en España señores ». S'en était trop pour Benoit qui ne supportait pas qu'on le prenne de haut. Il prit alors son élan et balança un gigantesque coup de boule dans la face de son agresseur. Et dire que nous espérions passer un petit moment tranquille pour récupérer de notre voyage. C'était sans compter sur la culture de la violence de ces Galiciens.

Une demi-douzaine de locaux s’attroupent alors autour de nous avec un air menaçant. Le genre de costaud à qui il ne valait mieux pas les briser menu. « 


- Disculpe… (Veuillez nous pardonner, tout ceci n’est qu’un petit malentendu), leur dit- on tout doucement, en regardant nos chaussures.

- Pardon ? (Plaît-il chères messieurs ?), grognent-ils avec véhémence.

- Euh… disculpe. »


On boit nos deux pintes cul sec, afin de ne pas faire d’esclandre et de montrer qu’on respectait leurs coutumes, puis nous sommes gentiment raccompagné dehors à grands coups de lattes. On ne peut pas dire que ces Espagnols savent recevoir…

Évidemment, nous n’avons pas payé nos bières, il faut savoir se faire respecter. Nous rentrons finalement au bateau exténués, on ne va pas trier les palourdes ce soir, il est temps de dormir un peu.

© 2019 by Padawan Production. 
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