27 Octobre


Enfin ! Enfin le départ !


Cela fait maintenant dix jours que nous sommes coincé dans cette hostile bourgade Galicienne. Ces foutus vents de sud nous ont pris au piège. Nous attendions patiemment qu’ils se décident enfin à tourner afin qu’ils nous portent jusqu’aux Canaries. C’est chose faite, nous partirons demain soir.


Nous sommes énormément sortis ces derniers jours. Ne vous y méprenez pas, nous n’allions pas siroter des mojitos en terrasse et flirter avec les jeunes autochtones. Non, nous sortions avec une idée bien précise : casser de l’Espingouin. Leur petit accent chantant et sournois sifflait dans nos oreilles depuis trop longtemps, il était temps d’apprendre à ces gougnafiers ce que le mot intégration veut dire. Allez savoir quel genre d’obscénités ils nous soufflent lorsqu’ils nous répondent dans leur charabia arborant un sourire hypocrite jusqu’aux oreilles.

Faciles à reconnaître, les locaux ont les oreilles pointues et plus petites que nous autres. Ce qui leur confère une ouïe très fine. Des petits yeux espiègles sous un mono sourcil prononcé leur permettent d’avoir une vision perçante. La plupart portes fièrement une nuque longue, coupe à la mode dans leur pays depuis la chute de Franco. Certains y vont même de leur petite touche personnelle en y ajoutant une jolie queue de rat en dreadlocks. Délicieux. De gros pieds velus munis d’une épaisse corne leur permettent de se déplacer aussi rapidement que discrètement, été comme hiver. Il vaut donc mieux être sur ses gardes, ils entendent tout, ils voient tout.


Il aura fallu une demi-douzaine de jours, et au moins autant d’expéditions punitives pour se faire respecter par les locaux. Maintenant, quand nous marchons dans les rues, les gens changent de trottoir, baissent la tête, évitent de croiser notre regard. Les rideaux de fer des échoppes et les volets des maisons se ferment sur notre passage. Même les chiens s’enfuient, de peur d’être dépecé et cuisiné par Benoit.


Malgré ça, ce matin un petit insolent a osé parler à Hugo, en le regardant droit dans les yeux. Alors nous n’avons eu d’autre choix que de prendre les mesures nécessaires afin de laver l’affront. Laissez passer ce genre de débordements, et c’est toute une ville qui se rebelle. On a donc saisi l’enfant par la tignasse et l’avons trainé jusqu’au Padawan afin de le ficeler solidement a l’étai, cul nu, ce sera notre figure de proue. Bien exposé aux yeux de tous, pour que les gens sachent. Nous le déposeront à Vigo, éternel ennemi de La Corogne. Là-bas il grandira parmi les sauvages.

© 2019 by Padawan Production. 
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